Sauvegarde des bas marais et du spiranthe d’été


Le paysage du Pinail est marqué par les fameuses « Brandes du Poitou », appellation locale des landes, mais sous cette apparente uniformité se cache une multitude de milieux comme les mares, les prairies ou encore les bas marais qui se développent au niveau de suintements marneux. Tous ces habitats sont d’intérêt européen et abritent par ailleurs des espèces protégées et/ou menacées de disparition dans le monde, en France ou en Nouvelle-Aquitaine.

Les bas marais ont occupé toute l’attention de GEREPI ces derniers temps car ils abritent une biodiversité remarquable à l’instar d’une petite orchidée, le spiranthe d’été (Spirantes aestivalis), mais aussi parce qu’ils sont vulnérables au changement climatique. Avec l’appui du dispositif NATURA 2000, soutenu par l’Etat et l’Europe, des études et des travaux ont été entrepris pour assurer la préservation de ces milieux rares et fragiles.

Evaluation de l’état de conservation des bas marais

Sur le Pinail, les bas marais sont alimentés par des résurgences de nappe phréatique, avec une eau chargée en calcium provenant de la roche calcaire située sous les argiles. Cet habitat humide, alcalin (pH basique à neutre) et oligotrophe (pauvre en nutriment) est donc un milieu très particulier, associé aux tourbières. Il abrite des espèces spécialisées, dominées par le choin noirâtre (Schoenus nigricans), et nécessite une gestion adaptée pour être maintenu en bon état de conservation, entendez par là bon état de santé.

L’étude menée par GEREPI en collaboration avec le CBNSA (Conservatoire Botanique National Sud Atlantique) et la participation de l’ONF (Office National des Forêts), a consisté à diagnostiquer l’ensemble des bas marais du Pinail et proposer des mesures de gestion pour assurer leur pérennité. Sur les 10 suintements répertoriés sur le Pinail, il s’avère que le bas marais n’est présent que sur 3 d’entre eux. L’habitat le plus représenté sur ces suintements est aujourd’hui la prairie à molinie, dominée par la molinie bleue (Molinia caerulea), et il est même constaté une installation progressive de la lande ou du fourré préforestier.

Au niveau du bas marais, la station présente sur la réserve naturelle est considérée en état moyen/inadéquat, tandis que les 2 stations en secteur domanial présentent un état mauvais/défavorable. La différence d’état de conservation s’explique en 1er lieu par les mesures de gestion mises en place, de fait insuffisantes en secteur domanial (propositions : coupe régulière de la végétation pour maintenir l’ouverture du milieu, export de la végétation et limitation d’apports organiques comme les feuilles ou épines d’arbres pour renforcer l’oligotrophie et limiter l’acidification, coupe des arbres ou arbustes et battage ou roulage de la fougère aigle, etc.). Ces mesures seraient également à améliorer sur la réserve car l’état n’y est pas optimum même si cela est contraint en 2nd lieu par la diminution de l’alimentation en eau provoquée par le changement climatique (modification du régime des pluies, faible rechargement de la nappe, sécheresse). Dans ce contexte, des travaux de restauration et entretien pérenne seraient à développer sous peine de voir disparaître les bas marais.

Suivi d’une orchidée protégée : le spiranthe d’été

Le nom de cette discrète orchidée est dû à la répartition en spirale de ses fleurs le long de la hampe florale d’une part, et à sa floraison estivale d’autre part. Le spiranthe d’été (Spiranthes aestivalis) est une espèce d’intérêt européen (annexe IV de la directive habitat-faune-flore) protégée en France. Sur le Pinail, c’est l’espèce emblématique des bas marais : c’est pourquoi GEREPI compte chaque année tous les pieds fleuris sur la réserve naturelle depuis 1996.

En 2020, le comptage a été étendu à l’ensemble des suintements du Pinail : 74 pieds fleuris ont été recensés au total. Cet effectif est bien loin de ce qui a pu être observé par le passé, jusqu’à plusieurs 100aines d’individus. Et même si cette espèce subit naturellement d’importantes variations, cette population reste extrêmement fragile d’autant que son milieu de vie est globalement en mauvais état. Des mesures de gestion complémentaires au bas marais et expérimentales seraient à développer, en perturbant le sol pouvant favoriser l’implantation de nouveaux individus (scarification et décapage superficiel). D’autre part, à la vue de la rareté et de la régression globale de l’espèce en France, une récolte conservatoire de graines pourrait être entreprise par la CBNSA.

La phénologie du spiranthe d’été a également été étudiée afin de mieux cerner sa reproduction et pouvoir mesurer par la suite un possible impact du changement climatique sur ses traits de vie (décalage de floraison et lien avec les pollinisateurs). Un marquage individuel et un suivi phénologique hebdomadaire de chaque pied (bouton, fleur, fructification) a ainsi été réalisé tout l’été sur les bas marais de la réserve. Il s’est avéré que sur un total de 51 hampes florales, seuls 50% d’entre elles ont subsisté (perte par prédation, abroutissement, piétinement, etc. à étudier) et que parmi elles, seuls 41% des fleurs ont donné naissance à une graine (perte par non fécondation via les pollinisateurs ou avortement). La reproduction sexuée du spiranthe d’été apparait donc relativement sensible. Le pic de floraison de l’orchidée de début juillet constitue désormais une référence pour le site.

Travaux de gestion expérimentaux

Au cours de l’hiver 2020-2021, fort de ces constats, GEREPI a réalisé une fauche avec export de la végétation des bas marais (les végétaux sont brûlés sur place faute de pouvoir être exportés mais aussi pour favoriser des champignons pyrophiles). La prairie à molinie et la lande humide en cours de colonisation du suintement ont ainsi été ouvertes et une expérimentation a été mise en place : la scarification et le décapage superficiel du sol (3 placettes de 1m² par bas marais). En complément, certaines dépressions humides ont été « rafraichies » et des touradons de molinie ponctuellement arrachés afin de renforcer la présence d’eau et favoriser les espèces pionnières comme le spiranthe d’été ou encore la grassette du Portugal, une des 5 espèces de plantes carnivores du Pinail. Les suivis ultérieurs permettront d’évaluer le succès de cette expérimentation.

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