Y’a plus de saison : il va falloir s’y adapter !


L’observatoire de la réserve naturelle du Pinail s’intéresse à l’évolution de la biodiversité face au changement climatique. L’objectif est de suivre en continu l’état des espèces sauvages, des milieux naturels et du climat local afin de fournir des informations scientifiques pour bien comprendre et mesurer le changement climatique à l’œuvre et ses conséquences sur la nature, notre territoire, notre vie. Alors que plus de 80% des français sont favorables à ce que la nature soit davantage protégée, la biodiversité et le changement climatique représentent qu’à peine 2% des débats à l’élection présidentielle… La crise écologique est pourtant bien là et son empreinte dans notre vie ou l’actualité quotidienne est exponentielle. GEREPI livre ici de nouveaux résultats scientifiques pour le moins préoccupants ainsi qu’un nouvel outil pour mieux s’informer et se former avec « Nature Adapt ».

Des températures estivales et une sécheresse au cœur de l’hiver 

Si 2021 aura été perçue par le plus grand nombre comme une année pluvieuse, la réalité en est tout autre. Sur le Pinail, à l’exception de la fin du printemps au début de l’été, force est de constater un manque de pluie significatif et particulièrement sévère en cumulant le déficit d’eau depuis la fin d’été 2021 jusqu’à la sortie d’hiver 2022.

Diagramme ombrothermique 2021 de la Réserve naturelle du Pinail (GEREPI, 2022)

Le graphique ci-dessus synthétise les données 2021 de la station météo installée sur la réserve naturelle du Pinail :

  • La température moyenne annuelle a été 11,4°C soit une année plus froide par rapport à la normale de 12°C (moyenne calculée sur la période 2010-20216) bien qu’un record ait été mesuré fin décembre avec près de 18°C ;
  • La pluviométrie annuelle s’est élevée à 645mm soit un déficit de 90mm correspondant à -12% par rapport à la normale de 736mm attendue (moyenne sur la période 2010-2016) ;
  • 2 périodes de sécheresse ont été relevées autour des mois d’avril et septembre (courbe des températures dépassant la pluviométrie) tandis que la pluie s’est concentrée à 44% entre les mois de mai, juin et juillet  (pluie « non efficace » pour le rechargement des eaux souterraine et de surface car essentiellement absorbée par la végétation).

Delta de pluviométrie de janvier à février 2022 sur le Pinail (GEREPI, 2022)

Année après année, les « normales » climatiques ne correspondent plus à la réalité : le rechargement hivernal en eau est réduit, des records de température sont atteints en toute saison, les sécheresses deviennent régulières et plus rudes, etc.  Pour ce qui nous concerne aujourd’hui, depuis août 2021 et jusqu’à fin février 2022, un déficit de 184 mm de pluie est mesuré.

Une zone humide qui s’assèche lentement mais surement

Alimentées exclusivement par l’eau de pluie, les mares de la réserve subissent cette évolution du climat : il manque une hauteur de 30 à 50cm d’eau en sortie d’hiver 2022. Il y a quelques années, parcourir le Pinail en plein hiver sans bottes était impensable et pourtant…

Pourtant aujourd’hui, les prairies et landes humides du Pinail peinent à se gorger d’eau et la période « d’inondation » offerte par les pluies se raréfie, elle devient plus courte et parfois décalée par rapport à la normale. La prairie inondable de Fonbredé est la bien triste illustration de ce phénomène : en plein été, la végétation « verte », encore fraiche et diversifiée il y a encore 5 ans, a laissé place une à végétation « orange », rachitique et dépérissant. L’autre exemple marquant est celui d’une tourbière en bordure du chemin de découverte qui connait un abaissement de son niveau d’eau estival autrefois jamais atteint et désormais régulier. Cet assèchement pérenne pourrait provoquer une minéralisation de la matière organique du sol qui libérerait alors le carbone stocké naturellement dans l’atmosphère et ainsi amplifier le changement climatique… sans parler des conséquence pour la biodiversité si rare et fragile de ces milieux.

Un dérèglement de la biodiversité à l’image des grenouilles

Les température estivales atteintes entre noël et le jour de l’an, ont sorti les grenouilles vertes de leur hibernation. Le 30 décembre 2021, il faisait 17.5°C en journée sur le Pinail avec des nuits très douces : un signal de printemps qui a provoqué leur réveil en plein hiver. Malheureusement, à cette période, trop peu d’insectes, rien à se mettre sous la dent pour compenser leur dépense d’énergie pourtant vitale à leur survie… Et dès la 1ère gelée suivante, le 5 janvier 2022, tout ce petit monde est retourné se « coucher » jusqu’au prochain signal de l’arrivée du printemps. Certains pollinisateurs sauvages (abeilles, bourdons, syrphes et même papillons) ont également pu être leurrés par ces températures anormales et là aussi, sans pouvoir vraiment se nourrir… L’impact de ces décalages et bouleversements de cycle de vie sont encore peu étudiés mais cela est loin d’être neutre, les apiculteurs peuvent en témoigner notamment.

En sortie d’hiver, le fait marquant est le manque d’eau. Pour la grenouille agile, l’assèchement des prairies humides met en péril sa reproduction : les pontes déposées fin février sont hors eau dès début mars condamnant ainsi les têtards en absence de pluies abondantes. Heureusement, nombre de grenouilles agiles pondent également dans des mares où la survie des têtards est bien moins compromise. Chez les tritons, la ponte a lieu quelques semaines plus tard mais l’assèchement désormais plus précoce des zones humides, comme les mares, a conduit certaines espèces à s’adapter en avançant de plusieurs jours leur ponte. Pour d’autres, comme le triton crêté sur le Pinail, les mares sont devenues invivables et l’espèce a déjà dû migrer vers des milieux moins vulnérables aux aléas climatiques, à l’acidification et desoxygénation de l’eau.

Les amphibiens sont des espèces indicatrices de la qualité des milieux : s’ils ne vont pas bien, c’est la zone humide qui est mise en péril et si la zone humide ne va pas bien, c’est la ressource en eau qui est mise en péril… jusqu’à impacter tôt ou tard l’eau qui est sensée couler à notre robinet.

Pour aller plus loin, nous vous conseillons cette lecture « Le réchauffement de l’hiver fait perdre la boule à la nature » (Reporterre, le 08 mars 2022)

 

Une formation en ligne sur le changement climatique et la nature : le MOOC Nature Adapt’

Réserves Naturelles de France et Tela Botanica proposent une formation en ligne gratuite, sans prérequis et sans limite d’inscription, avec pour objectif de faire comprendre les liens entre nature et changement climatique mais aussi de donner des moyens de passer à l’action.

« Sensibiliser sans culpabiliser », l’approche de cette formation se veut positive mais réaliste, en apportant des connaissances objectives qui permettront aux « mooqueurs » de mettre en place 3 actions seuls ou à plusieurs, à l’échelle de son quartier, de sa commune…, pour agir face au changement climatique.

Cette formation est diffusée pendant 7 semaines, de mai à juillet 2022 :  les inscriptions sont ouvertes ! Toutes les infos sur le MOOC Natur’Adapt : « Agir en faveur de la nature face au changement climatique » – Communauté | LIFE Natur’Adapt (naturadapt.com)

GEREPI soutient ce projet et sera un relais local pour se renseigner et faciliter le passage à l’action. Un programme d’activités sera proposé très prochainement pour se former et agir ensemble !

 

Le saviez-vous ? L’observatoire « biodiversité, eau et climat » de la réserve naturelle du Pinail est développé grâce au soutien financier de l’Etat (Réserve Naturelle Nationale), la région Nouvelle-Aquitaine (feuille de route Néo terra), l’Agence de l’Eau Loire Bretagne (Contrat Territorial Vienne Aval) et Grand Châtellerault (Plan Climat Air Energie Territorial). Ce travail d’étude scientifique est développé en collaboration avec diverses structures : Office Français de la Biodiversité, Université de Poitiers, Conservatoire Botanique National Sud Atlantique, Cistude Nature (programme Sentinelles du climat), CNRS de Chizé, etc. GEREPI les remercie vivement !

 

Article rédigé avec le soutien de la DREAL Nouvelle-Aquitaine, l’Agence de l’Eau Loire Bretagne et le département de la Vienne.