Services écosystémiques : quelles valeurs ajoutées de la réserve naturelle ?


En préservant et en valorisant le patrimoine naturel, les aires protégées comme les réserves naturelles sont devenues de véritables outils de territoire, pour ne pas dire un enjeu de société. En effet, elles apportent un ensemble de bénéfices sociétaux que l’on peut regrouper sous le terme de « valeurs ajoutées ». De quoi parle-t-on ? Des services écosystémiques, des retombées socio-économiques ou encore des contributions aux politiques publiques. Mais alors, quel serait « l’effet réserve » au Pinail ? Pour travailler sur le sujet, Réserves Naturelles de France a mobilisé plusieurs gestionnaires en région Nouvelle-Aquitaine : une évaluation des services écosystémiques a ainsi été menée par le bureau d’études Vertigo Lab’ avec GEREPI dont voici les résultats en avant première.

La notion de « service écosystémique » regroupe les biens et les services que la biodiversité fournit à la société, les bénéfices que l’Homme retire de la nature. Plus concrètement, il s’agit de l’air que nous respirons, de l’eau que nous buvons, des aliments que nous mangeons, des substances avec lesquelles nous nous soignons…Ou encore du bois qui nous chauffe et avec lequel nous bâtissons et fabriquons d’innombrables objets comme avec la terre, la fibre végétale, la pierre, le métal… Mais aussi des insectes pollinisateurs qui font fructifier arbres et plantes, des microbes, des champignons ou encore des vers de terre qui fertilisent les sols, des zones humides qui épurent et stockent l’eau comme le carbone, des forêts qui régulent le climat… Ou plus simplement du bien-être que nous ressentons au contact de la nature, des loisirs que nous y pratiquons comme la randonnée, la baignade, la chasse ou la pêche, la photographie…

L’approche des services écosystémiques est aussi simple que complexe, mais elle est surtout complètement anthropocentrée : « nous, nous, nous ». Pourquoi ? Parce que l’intention est ici de rappeler ou de démontrer, pour celles et ceux qui l’auraient oublié, que l’Homme est dépendant de la nature. Comment ? En provoquant une question : serions-nous capable de (sur)vivre sans la nature, sans les biens et les services que nous en retirons ? Si dans notre société contemporaine on serait tenté de répondre « oui », alors allons plus loin en cherchant à donner une valeur économique à ces biens et services que nous devrions remplacer.

Sur les 4 catégories de services écosystémiques illustrés plus haut, seules 3 d’entre elles ont fait l’objet d’une évaluation dans le cadre de l’étude menée sur la réserve naturelle du Pinail :

  • Services d’approvisionnement, pour les bénéfices obtenus par l’extraction et la récolte de produits issus des écosystèmes : la brande avec laquelle sont fabriquées des palissades et le fourrage avec lequel se nourrit le troupeau.
  • Services de régulation, pour les bénéfices issus de la modération/régulation des phénomènes naturels : la rétention et l’épuration de l’eau avec les zones humides, la pollinisation avec les plantes mellifères (et l’absence de pesticide), le feu de forêt avec le rajeunissement de la lande et la séquestration du carbone par les écosystèmes.
  • Services culturels, pour les bénéfices immatériels et expérientiels perçus par la population : la visite du site avec le grand public (pour différentes motivations comme l’intérêt paysager, le bien-être ou l’activité de loisirs), l’éducation avec les scolaires, la formation avec les étudiants ou professionnels, la recherche scientifique avec les publications issues de l’observatoire biodiversité eau climat.

L’évaluation de ces services reposent sur plusieurs méthodes permettant de leur attribuer une valeur monétaire en se basant notamment sur un prix de marché associé à tel ou tel bien ou service, ou encore un consentement à payer en particulier pour la découverte du site par le grand public. Un exemple ? Les écosystèmes de la réserve sont capables, selon la bibliographie, de stocker 861 tonnes de CO2 équivalent par an ce qui donnerait une valeur de 81 824 €/an sur la base du coût social du carbone à 95 €/tCo2éq. Un autre exemple ? Le sentier de découverte de la réserve est entre autre parcouru librement par 10 000 visiteurs par an ce qui donnerait 16 127 €/an sur la base d’un coût de déplacement consenti de 2,52€/adulte (hypothèse de 3 personnes en moyenne par véhicule dont 2 adultes pour une distance parcourue moyenne de 45km). Un dernier exemple, d’actualité ? Les zones humides de la réserve stockent et restituent au moins 130 000 m3 d’eau par an, plus de 240 000 m3 avec des travaux de restauration envisagés, ce qui donnerait une valeur de 53 083€/an actuellement et 98 212€/an après restauration sur la base du coût de construction des réserves de substitution ou mégabassines des Deux-Sèvres (total de 6.2 millions de m3 d’eau stockés par an pour 76 millions d’euros d’investissement).

D’après cette étude, le montant des biens et services rendus par les écosystèmes de la réserve naturelle s’élèverait à hauteur de 430 000€/an (rappel : il s’agit d’une valeur moyenne et d’une liste non exhaustive). En comparaison au budget annuel que GEREPI consacre à la gestion du site, cela représenterait une valeur ajoutée de +150%. Cette considération représente un argument économique de taille pour soutenir la préservation, la restauration et même la reconquête de la nature, ici comme ailleurs… parque la société retire des bénéfices de tous types d’écosystèmes : haie, prairie, cours d’eau, forêt, etc. Alors n’attendons pas que la nature disparaisse pour prendre conscience de sa valeur et de notre dépendance aux innombrables bénéfices que nous en retirons, individuellement comme collectivement ! Et soyons réalistes, l’Homme n’a pas et n’aura jamais les moyens de remplacer ou de compenser la dégradation jusqu’à la perte des services écosystémiques. Alors exigeons ce qui semble devenu impossible dans cette période troublée : réconcilions l’Homme et la nature !

Merci aux financeurs et coordinateurs de ce projet : DREAL et Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine, le Fonds vert pour l’accélération de la transition écologique, et bien sûr toutes les forces vives du réseau des Réserves Naturelles de France.

Pour aller plus loin

Que peut-on attendre de l’évaluation économique des espaces naturels protégés ? | Espaces naturels

Valeurs ajoutées des réserves naturelles pour leur territoire (Support de webinaire RNF, 2022)

Valeurs ajoutées de réserves naturelles – Synthèse d’étude de cas (Rapport d’étude Vertigo Lab, 2016)