Écosystèmes


La Réserve naturelle du Pinail présente avant tout la particularité d’être une lande à bruyère criblée de milliers de mares. Cependant, d’autres habitats de moindre taille existent : tourbières, prairies humides, roselières, pelouse sèche, ruisseau temporaire, lisière boisée. Par conséquent, ce site est une véritable mosaïque d’habitats! Cette diversité de milieux naturels est à l’origine d’une flore et d’une faune rares et diverses.

Les mares

Mare © A. Pernat

Mare © A. Pernat

Issues de l’exploitation de la pierre meulière, les fosses d’extraction se sont peu à peu remplies des eaux de pluie. Les mares sont également alimentées par une nappe perchée. Il en existe 5000 sur le seul territoire de la Réserve. Parmi elles, les mares permanentes (environ 3000) peuvent être distinguées des mares temporaires, par leur histoire, leur fonctionnement et leurs formations végétales.

Les mares permanentes : ces mares oligotrophes acides constituent réellement les anciennes fosses d’extraction de pierre meulière. Elles sont de forme et de dimension très variables, mais n’excèdent en général pas la dizaine de mètres, et leur profondeur peut osciller entre 1 et 4 mètres.
Leur composition floristique est très variable d’une mare à l’autre mais une liste indicative peut néanmoins être donnée :

  • dans les eaux profondes : les Chara, Nénuphar blanc (Nymphea alba), Myriophylle à fleurs alternes (Myriophyllum alterniflorum), Potamot nageant (Potamogeton natans), Utriculaires citrine et mineure (Utricularia australis et U. minor).
  • dans les eaux moins profondes : Rubanier nain (Sparganium minimum), Renoncules aquatiques (Ranunculus ololeucos, R. tripartitus), Potamot à feuilles de renouée (Potamogeton polygonifolius), Scirpe flottant (Eleogiton fluitans).
  • sur les berges, lors de l’émersion estivale : Millepertuis des marais (Hypericum elodes), Ecuelle d’eau (Hydrocotyle vulgaris), Flûteau fausse-renoncule (Baldellia ranunculoides), Laîche élevée (Carex elata), Massettes (Typha angustifolia et T . latifolia), Jonc des chaisiers (Schoenoplectus lacustris), Marisque (Cladium mariscus), Roseau (Phragmites australis), Saule rampant (Salix repens).

Les mares temporaires : certaines d’entre elles correspondent aux anciennes carrières d’argile à tuiles. Elles sont de plus grande taille que les précédentes et présentent une faible pente, ce qui permet une meilleure succession des ceintures végétales. De la périphérie vers le centre de ces mares, vont notamment se succéder : la Molinie (Molinia caerulea), la Renoncule flammette (Ranunculus flammula), le Cirse anglais (Cirsium dissectum), le Gaillet chétif (Galium debile), le Scirpe des marais (Eleocharis palustris), l’Agrostis des chiens (Agrostis canina), la Renoncule toute blanche (Ranunculus ololeucos), Ache inondée (Helosciadium inundatum).

Les tourbières

Sur la Réserve naturelle, il existe une dizaine de mares ayant leur centre occupé par une tourbière à sphaignes. Ce milieu est particulièrement fragile : ces mares particulières sont presque totalement comblées par la tourbe et possèdent un fond élastique, ce qui rend leur piétinement hasardeux.

Sur la lentille centrale à sphaignes (Sphagnum sp.) se trouvent en mélange la bruyère à quatre angles (Erica tetralix) et le Marisque (Cladium mariscus). Sur les bords de cette lentille vont être rencontrés le Rossolis à feuilles rondes (Drosera rotundifolia), le Rhynchospore blanc (Rhynchospora alba) et la Fougère des marais (Thelypteris palustris), ces deux derniers étant moins fréquents.

En pourtour de cette lentille, l’eau libre peut être colonisée par le Potamot à feuilles de renouée (Potamogeton polygonifolius), les Utriculaires mineure et citrine (Utricularia australis et U. minor) et le Trèfle d’eau (Menyanthes trifoliata).

Enfin, la ceinture externe est constituée par la Laîche élevée (Carex elata) et le Marisque (Cladium mariscus).

Les prairies

Il s’agit principalement de prairies humides à Molinie (Molinia caerulea) constituant un réseau ou continuum. Elles se trouvent au sein de la lande à mares et sont soumises à des assèchements périodiques. Il en existe une dizaine sur la Réserve, le plus souvent de forme allongée. Comme les mares temporaires, de plus petite taille, ces prairies proviennent d’une extraction superficielle d’argile, utilisée jadis pour la fabrication de tuiles. Elles sont le milieu de prédilection de la Gentiane pneumonanthe (Gentiana pneumonanthe), de l’Orchis tacheté (Dactylorhiza maculata), ou de la Laîche puce (Carex pulicaris), plantes de milieux humides et ouverts.

Parallèlement à cet habitat humide, il existe une petite prairie calcicole au nord-est de la Réserve, en bordure d’un ancien fossé de carriers (le fossé de la Reu). Cette prairie à tendance sèche se trouve sur les blocs de calcaire issus du creusement du fossé. Chaque printemps plusieurs espèces d’orchidées y sont présentes : Orchis mâle (Orchis mascula), Orchis bouffon (Orchis morio), Ophrys araignée (Ophrys sphegodes), Orchis moustique (Gymnadenia conopsea).

Les landes

Lande

Lande

Habitat prédominant sur la Réserve, les landes ou « terres de brandes » sont caractérisées par la présence d’arbrisseaux et de sous-arbrisseaux à feuilles persistantes comme les bruyères et les ajoncs. La lande s’installe préférentiellement sur des sols acides et pauvres. Sur le Pinail, elle est directement issue d’une dégradation de la forêt préexistante par surexploitation. La composition floristique des landes varie selon que le faciès étudié est plus sec ou au contraire plus humide.

La lande mésophile : ce faciès est le plus répandu et se trouve préférentiellement en pourtour de la Réserve ou dans les ceintures des mares. Elle est constituée par l’espèce la plus abondante du Pinail : la Bruyère à balais (Erica scoparia), nommée également brande ; ce terme a d’ailleurs donné son nom au paysage qu’elle façonne (on parle de « brandes du Poitou »). Elle est accompagnée par l’Ajonc nain (Ulex minor) parasité par la Cuscute du thym (Cuscuta epithymum), la Molinie (Molinia caerulea) et les autres espèces de bruyères mais en moindre proportion : la Bruyère cendrée (Erica cinerea), la Bruyère à quatre angles (Erica tetralix), la Callune (Calluna vulgaris) et la Bruyère vagabonde (Erica vagans) dans de rares cas. D’autres plantes sont également présentes et sont parfois abondantes : la Violette lactée (Viola lactea), la Scorsonère des près (Scorzonera humilis), la Lobélie brûlante (Lobelia urens), la Polygale à feuilles de serpolet (Polygala serpyllifolia). Elles se rencontrent dans la lande mésophile ou sur le bord des sentiers, ceux-ci constituant une simple variante.

La lande sèche : cette variante de la lande mésophile se rencontre préférentiellement sur les monticules de déblais, localisés entre les mares et en rebord du plateau, au sud-est de la Réserve. Elle est dominée par la Bruyère cendrée (Erica cinerea), la Callune (Calluna vulgaris) et l’Ajonc nain (Ulex minor), la Bruyère à balais devenant minoritaire voire absente des endroits les plus secs. D’autres espèces coexistent : le Brachypode penné (Brachypodium pinnatum) qui supplante la Molinie, la Fougère aigle (Pteridium aquilinum), la Serratule des teinturiers (Serratula tinctoria) ou encore la Germandrée scorodoine (Teucrium scorodonia).

La lande humide : localisée essentiellement en bordure des mares et dans les prairies à immersion temporaire, elle est dominée par la Bruyère à quatre angles (Erica tetralix), accompagnée de la Molinie. Quelques autres espèces se rencontrent également : la Gentiane pneumonanthe (Gentiana pneumonanthe), le Cirse anglais (Cirsium dissectum), le Carum verticillé (Carum verticillatum), la Scorsonère des près (Scorzonera humilis) ou la Laîche vert-jaunâtre (Carex demissa).