Histoire


Pierre meulière abandonnée © Jean-Guy Couteau

Pierre meulière abandonnée © Jean-Guy Couteau

La lande à mares de la Réserve Naturelle du Pinail en fait un site tout à fait original du nord du massif forestier de Moulière. Ce paysage a été grandement façonné par la main de l’homme.

La multitude de mares présentes aujourd’hui proviennent en effet de l’extraction de la pierre meulière, dont l’origine peut être datée avant l’an mil (1ère mention dans un diplôme de Pépin Ier, roi d’Aquitaine, en l’an 826, dans lequel il est question de « moulange » extraite en forêt de Moulière). Le Pinail a constitué une des principales carrières de France jusqu’à la fin du 19e siècle, fournissant ainsi nombre de moulins, jusqu’à l’apparition des moulins à cylindres vers 1870-1880. Les meules extraites étaient acheminées en bord de Vienne, aux ports de Ribes, de Chitré et étaient embarquées sur des gabarres ou des toues, pour être vendues dans les moulins de bords de Loire, sur la côte Atlantique et même outre-Atlantique.

Pierre meulière parking réserve du pinailLa lande, quant à elle, résulte de la surexploitation d’une forêt préexistante pour divers usages : coupes de bois d’œuvre, de bois de chauffage, pâturage. Jusqu’à la fin du 19e siècle, ces « terres de brandes » couvraient encore les 2/3 du département de la Vienne, au sud et à l’est. Mais, la modernisation agricole a eu raison de ces terres, longtemps considérées impropres à la culture.

Les différents droits d’usage, dont l’extraction de pierre meulière, furent cantonnés au Pinail par une ordonnance royale de 1692, permettant ainsi la régénération du reste de la forêt de Moulière. Le Pinail a longtemps été utilisé par les riverains, notamment pour le pacage du bétail et ils mettaient régulièrement le feu au printemps pour régénérer la lande. La brande était également utilisée comme combustible, comme litière pour les animaux ou comme matériau dans la construction d’abris agricoles, de huttes en brande. Les mares ont longtemps servi d’importantes réserves de poissons pour les pêcheurs locaux. Enfin, le Pinail était aussi utilisé comme lieu de chasse par les locaux pour le petit gibier.

Pierre meulière à l'entrée du Pinail © Aurore Pernat

Pierre meulière à l’entrée du Pinail © Aurore Pernat

Ces droits d’usage ont longtemps été controversés sur le Pinail. En effet, devant  son usage historique par les riverains, les 3 communes du Pinail (Vouneuil, Bonneuil-Matours et St Cyr) revendiquèrent la propriété de la « Petite Forêt ».
En 1959, le tribunal de grande instance de Poitiers donne raison aux communes et les déclare propriétaires de la « Petite Forêt ». Cette décision est annulée le 30 juin 1961 lorsque la cour de Poitiers déclare en effet l’Etat seul propriétaire légitime du Pinail. Ce jugement est définitif le 11 juillet 1972, après le recours des 3 communes rejeté par la cour d’appel.

Le projet de création de la Réserve Naturelle émergea peu de temps après, lorsque l’Office National des Forêts mit en adjudication la chasse sur le Pinail et entama la replantation en résineux. Les associations de protection de la nature (SEPNEV, ancienne appellation de Vienne Nature et le Groupe Ornithologique de la Vienne dont est issue la LPO Vienne) élaborèrent le dossier de création sur les 135 ha des 800 du Pinail se trouvant sur la commune de Vouneuil-sur-Vienne, en partenariat avec les élus locaux et avec le soutien des habitants. Ainsi, la Réserve Naturelle du Pinail vit officiellement le jour le 30 janvier 1980.